Yu Miri

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Yu Miri

Messagede chieko » 28 Juil 2005 20:00

Jeux de famille, titre original Full house paru au Japon en 1996, sera traduit du japonais pour les éditions picquier par Anna Guérineau et Tadahiro Oku et publié en France en 1997.
Sous ce titre nous avons deux nouvelles: Jeux de famille et Pousses de soja.

Jeux de famille:

Un homme invite ses deux filles à venir visiter la nouvelle maison qu'il a aménagé dans l'espoir de les voir venir s'intaller avec lui. Mais les deux jeunes femmes ne semblent pas décidées à accéder aux désirs de leur père.

Par une mise en abîme de la rencontre de deux familles, l'une en "décomposition", l'autre "unie", Yu Miri ''s'amuse'' à renvoyer l'image de l'une sur celle de l'autre pour mettre en lumière l'hypocrisie et les blessures qui les rongent l'une comme l'autre.


Pousses de soja:

Une belle métaphore en introduction pour ce deuxième texte:
''Il n'y a pas de lumière. Seulement une odeur fétide qui flotte dans l'air suffoquant de chaleur et de poussière. Doucement, absorbant l'eau et l'obscurité, la graine se ramollit et se détache du reste pour investir toute son énergie en elle-même. La base de la racine est à peine violacée, tandis que son extrémité est d'un blanc transparent, semblable à une goutte d'eau. La racine s'allonge à la recherche de l'eau. La graine a brisé son silence mais en même temps elle tente de le préserver. La surface de la graine vire au noir se plisse et finit par se fendre. Elle se défait de son enveloppe à la manière d'un serpent qui mue. Alors, la graine jaune lève la tête. Les fines racines qui se sont divisées jusqu'au nombre de neuf, rampent dans toutes les directions, dans un effort pour s'approprier l'eau des plantes non encore germées ou pour se prémunir contre l'arrachage. La graine se dresse et allonge sa tige, elle cherche la lumière.
Il n'y a pas de lumière. La tige s'allonge encore et l'enveloppe, qui la coiffe comme un bonnet, finit par tomber. Il n'y a pas de bruit mais elle écoute de toutes ses oreilles, afin de tout entendre. La ligne qui traverse la graine juste en son milieu devient une fente, de plus en plus profonde. Alors, la graine se sépare en deux cotylédons. La tige s'élève encore, toujours en quête de lumière, mais il n'y en a pas. Les racines se divisent encore, en quête d'eau, mais tout est désséché. Les cotylédons s'écartent pour laisser entrevoir les premières feuilles. La tige s'incline sous leur poids.''
Pp87/88

Une jeune femme se réveille aux côtés d'un homme, son amant. C'est un photographe, marié, la quarantaine qu'elle a rencontré au travail. La femme de celui-ci téléphone.

Yu Miri nous emmene dans un moment de la vie d'une jeune femme qui, comme la graine de soja, se débat pour survivre même si les conditions ne sont pas favorables. Elle semble entrainée peu à peu dans un tourbillon destructeur. Un mariage en vu lui permettrait-il de trouver un point d'ancrage ?


Yu Miri déploie, par petites touches, l'air de rien, une vision de la famille dépourvue d'amour, froide voire même hostile. Ses histoires, très construites, sont imprégnées de folie, de solitude et de tristesse. Elle parvient un peu laborieusement quand même, à nous faire entrer dans son ''jeu''. Quelquechose d'un peu artificiel s'est glissé dans ces récits pourtant sensibles et bien écrits. Peut-être l'aspect un peu trop caricatural, théatral de ses personnages, qui nous tient à distance sans nous amener à les découvrir; ils apparaissent comme des marionnettes démantibulées sans réalité propre qui ne sont là que pour servir des mises en situations.
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