Samouraï William
Anjin-sama, l’autre côté du monde
Giles Milton, chez Noir sur Blanc
En avril 1600, à la veille de l’un des événements les plus décisifs de l’histoire du Japon, un navire de commerce hollandais s’échoue sur les côtes de Kyushu. A son bord, un équipage protestant affaibli par la maladie et la lassitude de deux années d’errance, sous les ordres d’un capitaine anglais, William Adams. Ces hommes, livrés à eux-mêmes à l’autre bout du monde, dans un fief où les seuls gaijin, les étrangers, connus sont les jésuites espagnols et portugais farouchement opposés aux réformateurs qui ont semé la discorde et la guerre sur le Vieux Continent, vont connaître un destin extraordinaire. La plus fascinante des ces destinées hors du commun demeure celle d’Adams, sauvé de justesse de la crucifixion auquel les catholiques l’avaient condamné, soucieux d’éradiquer le mal à la racine, par Tokugawa Ieyasu en personne. Ce dernier, fin politique et avide de savoir, se liera d’amitié avec celui qu’on surnommera bientôt Anjin-sama, monsieur le pilote, un anglais solide des modestes faubourgs de Limehouse qui aura ses entrées à la cour lorsque les plus grands seigneurs de l’Empire ramperont devant le premier Shogun de la dynastie Tokugawa. Adams sera même élevé au rang de Hatamoto, premier cas dans l’histoire pour un barbare du Sud, et il épousera en secondes noces une japonaise, qui lui donnera un garçon renouvelé des années plus tard par Hidetada, fils de Ieyasu, dans ses attributions de hobereau du domaine d’Hemi, autrefois bien de son père anglais.
Bien que le roman ne soit pas un chef d’œuvre littéraire, il constitue une véritable mine de renseignements et d’anecdotes sur la fin du Sengoku-Jidaï. Depuis les intrigues des Pères Jésuites, les renversements d’alliances, les laborieux débuts du commerce entre l’Europe et l’Orient, Milton effectue un remarquable travail d’historiographie et démontre son ouverture intellectuelle. On apprendra ainsi, force détails à l’appui, que les canons du navire ont été réquisitionnés par l’Armée de l’Est à Sekigahara, ou bien encore qu’Hidetada fera don d’une armure laquée, qui trône aujourd’hui dans la Tour de Londres, à un capitaine hollandais.
Quant à Adams, il mourra en 1620, au Japon, sur l’île d’Hirado où il continuait d’officier au service de La Compagnie des Indes Orientales. A la suite de l’édit d’isolement du pays, qui condamnera à l’exil ou à la mort tous les étrangers et leurs enfants peu après, l’histoire a perdu la trace de ses descendants. Mais aujourd’hui encore, cette histoire étonnante et unique n’a pas été oubliée, et le quartier d’Anjin à Tokyo est dédié à sa mémoire de William Adams, le pilote devenu Samouraï.
Ujisato


