Nicole-Lise Bernheim :"Saisons japonaises" 1999

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Messagede KANSAI » 06 Juil 2003 4:38

En ce moment je bouquine un livre de voyage d'une femme qui a ete a dans la petite ville religieuse de Koyasan, dans le Kansai, juste en-dessous d'Osaka. Ca s'appelle "Saisons japonaises" de Nicole-Lise Bernheim et c'est fait de plusieurs petits paragraphes decrivant les impressions de l'auteur durant son sejour. Parmi les anectodes sur l'histoire japonaise qu'elle raconte, il y en a une interessante parlant de la femme des neiges du Japon, Yuki-Onna:

Il etait une fois un village dans la montagne. Un jour, deux bucherons, un vieux et un jeune, partent dans la foret. La neige tombe, lourde, epaisse. Impossible de travailler. Ils decident de se refugier sous une hutte. Ils font du feu en attendant que la neige s'arrete. Mais la neige continue. Ils s'appretent alors a y passer la nuit.
" On raconte, dit le vieux bucheron a son jeune compagnon, qu'il y a une Yuki-Onna sur cette montagne. C'est une belle femme. Fais attention! Si elle souffle sur toi, tu geles immediatement et tu meurs."
Le vieil homme s'endort.
Soudain, porte et fenetre s'ouvrent sans un bruit, la terrible Yuki-Onna apparait. Cette Femme des neiges est d'une beaute incomparable. Le jeune homme est attire par elle mais il craint de mourir. Elle le regarde, puis approche du vieux endormi. Son souffle le transforme en glace. Le beau jeune homme tremble, il attend son tour. Mais Yuki-Onna ne le tue pas car elle est tombee amoureuse de lui. Elle lui dit:
" Je te laisse la vie sauve mais, en echange, ne parle jamais de moi a personne."
Et Yuki-Onna s'enfuit. Le jeune homme retourne dans son village. Il tient sa promesse, ne parle a personne de cette nuit effrayante.
Le printemps succede a l'hiver. Les cerisiers fleurissent. Une superbe jeune fille arrive dans le village. Elle tombe malade. Le jeune bucheron prend soin d'elle. Quand elle recouvre la sante, ils se marient, ont des enfants. Ils sont heureux.
Par une nuit d'hiver, l'epouse coud, son mari est allonge pres du feu, les enfants dorment. Tous deux bavardent.
" Je me fais vieux, dit-il. Mais toi, tu restes jeune et belle."
Et il la regarde, et il se souvient de Yuki-onna, de cette Femme des neiges qu'il a rencontree autrefois.
" Tu ressembles a Yuki-Onna, murmure-t-il."
" Pourquoi dis-tu cela, tu avais pourtant jure de ne parler d'elle a personne!"
" Alors tu es vraiment Yuki-Onna?"
" Oui. je devrais te tuer mais je n'en ai pas le courage. Alors je vais t'abandonner. Occupe-toi bien de nos enfants."
Et Yuki-Onna quitte son mari et se fond a la nuit. Et lui demeure seul et triste.

Fin
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Messagede Mat » 20 Aoû 2003 16:01

J'ai presque fini le livre dont parlait Kansai : "Saisons japonaises" de Nicole-Lise Bernheim, il est vraiment très interessant. On rentre au travers de son regard dans la vie quotidienne dans ce petit village de Koyasan qui vit pour et par les nombreux temples qui s'y trouvent. Il permet aussi d'en apprendre beaucoup, sur la religion au Japon et notament sa place dans la vie des japonais (pour ceux comme moi qui ne savent pas grand chose à ce sujet).
A mon tour je voudrais citer un passage qui m'a fait mal au coeur. Il s'agit d'une conversation entre la naratrice et la mère d'une famille avec qui elle est très amie. La veille, elle a vue une publicité à la télévision qui l'a choquée ventant l'American entertainment avec Arnold Schwarzenegger comme vedette. Le lendemain elles discutent autour d'une tasse de café.

Je parle de cette publicité à Etsuko et à Ikuyo. Elles l'ont vu, bien sûr, ça passe en prime time. Je leur raconte à quel point les casquettes de base-ball que portent la plupart des garçons me choquent. Signe d'appartenance à une classe d'âge, mais surtout symbole d'une américanisation normale, acceptée sans y songer. Et pourtant les Imai tentent de vivre à la japonaise, en respectant les traditions autant qu'ils le peuvent, sans trop de passéisme.
Etsuko m'écoute, réfléchit, se tord les mains puis me dit :
"Nous avons conscience de ces problèmes. Cela signifie qu'auourd'hui nous avons vraiment perdu la guerre, n'est-de pas ?"
Blessure encore lancinante, tant d'années après la capitulation. Mélancolie. Honte. Colère. Je compatis en hochant la tête.
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Messagede KANSAI » 20 Aoû 2003 17:18

C'est en effet un passage qui m'avait marqué dans ce livre. Ce qui s'y dit soulève un problème très important pour les japonais et qu'on a du mal à comprendre en occident: qu'est réellement l"américanisation"?


J'ai essayé de rencontrer les Imai quand j'étais à Koyasan, les fabricants de gomadofu qui hébergeaient la narratrice de l'histoire, mais je n'ai jamais réussi...par contre j'ai mangé du tofu et c'est le meilleur du Japon! J'ai aussi les photos que je pourrais bientôt vous montrer!
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