LA TAILLE JAPONAISE
L'art de tailler des arbres en "nuages" ...
pour trouver la voie de la quiétude intérieure.
L'art de la Taille Japonaise ou Niwaki
Les fondements de cet art proviennent essentiellement du culte
Shinto ou "Voie des Dieux", la plus ancienne religion du Japon, un mode de vie à part entière, qui repose sur de vastes concepts d'harmonies entre l'homme
et la nature. Les japonais vénèrent donc les kami, esprits des ancêtres et forces de la Nature - Mère. Les montagnes, arbres, eaux, vents, pierres,
tonnerre... - pour ne citer que les plus importants - y sont considérés comme manifestations divines. Cet art s'est enrichi au fil des siècles, par le biais de
diverses influences et philosophies relatives à l'histoire du pays.
Si l'art de dresser les pierres, tailler les arbres "en nuages" ou ratisser des mers de gravier
paraît souvent lié au zen, la lecture approfondie du Sakutei-ki - Notes secrètes sur la fabrication des jardins - permet de
découvrir que c'est l'inverse, en fait, qui s'est produit. C'est par la création
de jardins en suivant les préceptes anciens, que les moines bouddhistes zen ont trouvé un de leurs moyens de parvenir à l'éveil, par l'expression
de Soi.
La taille japonaise s'adresse à toutes les variétés d'arbres (sauf les plus élancés type cyprès
chandelle ou peuplier) et d'arbustes,
qu'elles soient à feuillage caduc ou persistant, et à tous les sujets, du plus petit élevé en pot à celui élevé en pleine terre.
A l'origine, elle évoque l'empreinte laissée sur la végétation par les éléments naturels
(vent, neige ou gel) et les animaux (bétail, insectes...).
Parmi les différents types de taille japonaise (compacte karikomi, sous forme de gros buissons
kokarikomi ou de petits buissons okarikomi, linéaire "en
plateaux"...) la taille "en nuages" est destinée à donner une végétation
tabulaire - diverses mises en forme en dômes multiples - ayant pour but de reproduire des sites paysagers lointains. Elle permet de représenter
collines et vallons de campagne, d'évoquer des nuages restés accrochés à la profondeur d'une forêt ou un arbre isolé à l'aplomb d'une falaise, ceci dans le
jardin japonais où tous les éléments servent à reproduire l'ensemble d'un paysage naturel dans un petit espace, afin d'en sublimer la beauté.
La technique de la taille "en nuages"
Cette pratique nécessite beaucoup de patience et plusieurs
années de travail pour commencer à obtenir des nuages étoffés. L'arbre peut être incliné, suivant différentes positions penchées
pour éventuellement lui donner une impression d'ancienneté. Pour les sujets ayant un port dressé, une branche latérale sur deux est supprimée,
donnant ainsi à la ramure un aspect contrasté fait de touffes denses et d'espaces aérés, forme que les conifères présentent à l'état naturel en Asie.
Les nuages sont ensuite formés, puis émondés et taillés de façon régulière pour obtenir des touffes de plus en plus denses. Pour les sujets ayant un
port rampant, on veillera dans la mesure du possible, à ce que tous les nuages soient dirigés vers l'extérieur.
Même si ces arbres sont communément appelés "bonsaï de jardin" dans le jargon pépiniériste,
ils diffèrent de la culture bonsaï, par le fait que les
racines ne sont pas travaillées et restent intactes. Ainsi l'arbre n'est pas fragilisé et sa croissance n'est pas limitée, le volume "racinaire" étant toujours
sensiblement identique au volume foliaire, dans le monde végétal. Elles sont éventuellement cernées environ tous les trois ans si l'arbre est en pleine terre,
dans le but de pouvoir le déplacer ou de le mettre en pot plus facilement.
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Une
première phase importante qui consiste en l'étude de l'arbre sous toutes ses faces, de près et de loin, afin d'évaluer et
d'apprécier la structure existante à notre disposition. |
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Vient ensuite
la phase de nettoyage et d'émondage de l'arbre, afin d'enlever l'ensemble du bois mort, les branches extrêmement
fines qui partent dans toutes les directions... |
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Puis vient la
phase de séparation des masses qui serviront à l'élaboration des nuages et qui sera réalisée suivant trois grands
axes, c'est-à-dire le mouvement général, la direction et la grosseur des branches. |
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Les nuages
sont alors formés, puis émondés et taillés, de façon régulière pour obtenir des touffes de plus en plus denses.
Certains nuages, voire certaines branches, seront supprimés pour obtenir au final un sujet élégant et harmonieux. |
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Maintenant, patience et taille régulière d'entretien ...
Une dimension spirituelle
" Au Japon, on n'étudie pas un art pour l'amour de l'art, mais pour les clartés spirituelles
qu'il dispense. Si l'art s'arrête à la forme extérieure,
s'il ne conduit pas aux profondeurs essentielles, autrement dit s'il ne devient pas une forme de spiritualité, le japonais ne l'estime pas digne d'être étudié. "
D.T. SUZUKI
Il est effectivement possible pour ceux qui le souhaitent, de donner à cet art une autre
dimension, spirituelle, sur le modèle des moines jardiniers
dans les temples bouddhistes zen, en l'utilisant comme support de méditation.
Ki est le terme japonais qui désigne l'énergie ou essence vitale. C'est la force qui
réside à l'intérieur de notre corps et dans tout l'Univers, et qui engendre la vie. Elle se retrouve citée dans de nombreuses cultures sous d'autres noms à travers le
monde. Mais Ki n'est pas l'équivalent de l'énergie à proprement parlé; il s'agit d'un élément plus subtil, apparenté à la force créative qui préside à
la vie et au mouvement.
L'Univers est un lieu sacré, un macrocosme où toutes choses sont interdépendantes. S'autocréant, il se maintient
et se développe selon un modèle d'évolution perpétuelle qui se retrouve dans tout phénomène individuel. C'est ainsi que le corps est perçu comme un microcosme
sacré qui, en suivant le Dô, équivalent japonais du Tao, est en mesure de s'accorder au flux du pouvoir cosmique et de purifier l'univers en se
purifiant lui-même à l'intérieur, par toute pratique de méditation.
Sur le principe de la calligraphie japonaise ou hitsuzendô, où le principe cosmique insuffle sa vitalité
dans tous les aspects de la création à travers le pinceau, participant à la connaissance de Soi à travers le mouvement, il s'agit de
réaliser chaque action avec intensité, le but étant de vivre pleinement le présent, dans le calme et le silence.
Laisser passer les pensées après en avoir pris conscience un instant et revenir au relâchement,
à la respiration et à l'activité.
La véritable méditation ou zen signifie un état d'être où ne stagne aucune pensée, ni aucun objet, ni aucun rêve ou désir. Il n'y a que le vide, propice
à la révélation qui va nous permettre de pouvoir ensuite créer quelque chose de nouveau dans notre vie.
Dans ce vide nous avons la possibilité de nous rencontrer, de nous reconnaître. Nous découvrons notre vérité, c'est un silence parfait. Cette méditation peut être
pratiquée de manière dynamique.
C'est alors dans l'activité elle-même que nous trouvons notre véritable paix intérieure.
Créativité et unité intérieure
Cette pratique, tout comme le fait de ratisser afin de créer et de recréer un
Jardin Zen, calme le mental et favorise le centrage méditatif, libérant notre créativité et participant à notre unité intérieure.
Il s'agit ici de retrouver la joie de l'enfance lorsque nous utilisions nos mains pour découvrir
le monde, créer et manifester ce que nous désirions. Nos mains sont notre mécanisme primaire de connexion avec la vie, elles sont des instruments nous
permettant d'exprimer notre créativité et notre originalité. Utiliser nos mains nous remet en contact avec notre monde intérieur. Les textures différentes
du végétal nous donnent de l'inspiration et par là même nous permettent de nous enraciner à travers le toucher. Il suffit simplement que notre intérêt nous
motive dans la disposition à pratiquer.
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